Partir…?

Route montage et cour d'eau

Le voyage dans la Vallée de la Matapédia est magnifique. Entouré de gens que je respecte et qui me respectent dans un environnement de fête et où la musique est la principale source de discussion. Dans une joie débordante, dans un avenir aussi prometteur, qui et surtout quoi pourrait nous arrêter ? Je n’avais jusque-là jamais vécu de réelle misère. Mis à part quelques difficultés à me lever de mon lit  pour aller travailler ou des problèmes avec mon auto. Ce qui était à cette époque des épreuves que je croyais difficiles. Mais  dans mon for intérieur, je n’étais pas à la fête, mais en réflexion.  Comment arriver à vivre de cette musique ? Quelle épreuve devrais-je surmonter ? C’est là que cette idée m’est passée par la tête comme un coup de massue : Je l’ai eu trop facile jusqu’ici, je n’ai pas vécu la misère donc il faut que je vive la misère pour pouvoir devenir un musicien accompli ! Mais comment me mettre dans une misère contrôlée juste pour apprendre à vivre, avant de vivre autre chose?

La route me guidait dans mes pensées profondes. Ma vieille tortue roucoulait tranquillement sur les routes sinueuses. Au beau milieu des montagnes, des arbres et de la rivière, rien de mieux pour rêver aux aventures futures.

Cela m’a paru soudain comme une évidence! Pourquoi ne pas partir à l’aventure avec ma fidèle tortue? Quitter le nid familial, quitter ma ville natale pour aller vivre dans une autre ville. Trouver une job, un appartement, vivre une nouvelle vie. De plus, ce n’est pas dans une petite ville, loin des grands centres, que nous connaîtrons le succès. Je pourrai finalement vivre de nouvelles choses sans l’aide facile de mes parents. Je sens aussi que dans le groupe, on est prêt pour une nouvelle étape. On a déjà un album, des t-shirts, des instruments potables et une volonté de fer, quoi demander de plus.

La nuit avançait bien et le calme plat s’installa. Au bout d’un moment je m’aperçus que j’étais fin seul à être éveillé. Cela me procura un sentiment de bien-être profond. Ces moments de voyage sont pour moi très relaxants. Personne sur les routes, mis à part quelques camions, les haltes routières sont pleines de gens trop fatigués pour continuer et le froid du matin commence à s’installer. Il me reste encore quelques heures de route et mes pensées se sont arrêtées. La fatigue a débuté son travail. Le vrombissement du moteur me berce trop bien. Les yeux s’alourdissent, le combat commence. Une claque dans le visage, un peu d’eau froide dans la figure, brasse la tête dans tous les sens et on est bon pour un autre 10 minutes. Cela dura jusqu’au lever complet du soleil où une excitation m’envahit et une bonne envie aussi. C’est alors que nous nous  sommes arrêtés à une station-service-restaurant  pour déjeuner et pour mettre de l’essence dans la tortue. Un autre combat commença, réveiller tout le monde. Je sortis tranquillement de la tortue et alla ouvrir la portière côté passager.  Le froid cruel et glacial prit rapidement la place. La maigre chaleur que les manteaux des gars avaient utilisée en guise de couverture  n’était définitivement pas de taille. Tout le monde sorti et nous sommes entrés dans le « truck stop » pour un bon déjeuner gras et de qualité douteuse. Cela nous remet toujours d’un spectacle et d’une longue nuit de route.

C’est finalement au moment d’annoncer mes projets aux autres que je me suis dit, mais quelle idée m’est passée par la tête ? Comment vendre une telle idée si stupide aux autres que de dire « Hey on s’en va t’y à Québec pour se mettre dans marde pis manger des ramens pour avoir plus de vécu? ». Ce n’est pas très vendeur et ce ne sont surtout pas de bonnes raisons. De toute manière, ce ne sont pas des choses qu’on décide, ce sont des conséquences de nos décisions qui nous mettent dans ces situations. On ne se met pas dans la misère pour apprendre, on apprend que nous avons fait de mauvais choix quand nous sommes dans la misère. Mais ça, je l’ai appris bien des années plus tard. Donc, nous sommes repartis de ce restaurant le ventre plein et avec une idée de mon baseman qui avait fait l’unanimité: déménager dans la ville de Québec pour y propager notre musique…

La suite ici.

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