Départ….

Motoneige 1965

Mes parents, sans le savoir, m’ont poussé à faire ce déménagement. Comme un rebelle typique, quand mes parents m’ont mis en garde contre les dangers de partir seul en van, je ne les ai pas écoutés. Je crois qu’ils n’étaient tout simplement pas capable de cerner toute l’ampleur que cette musique avait prise en moi. Même moi je ne le pouvais pas vraiment. Je leur dois tout dans la vie, puisqu’en dépit de m’avoir donné la vie, ils m’ont élevé, ils ont mal dormi pour mon bien-être et ils ont sacrifié une bonne partie de leur vie juste pour moi.
Ma mère m’a toujours porté une attention spéciale parce que j’étais son petit dernier et que mon père était rarement à la maison à cause de son travail. J’étais son homme de la maison. Nous allions prendre des marches en ville, nous allions au restaurant et je l’accompagnais souvent dans ses voyages. C’est le genre de maman que le matin quand tu déjeunes, elle a fait ton lit et le ménage de ta chambre avant que tu aies fini ta première toast. Elle donne tout ce qu’elle a pour le bien-être des autres, jusqu’à en oublier ses  propres limites. Une vraie maman quoi !  Pour ce qui est de mon père, j’ai toujours eu un grand respect pour lui. C’était un homme fort et autoritaire qui ne parlait pas pour rien dire, mais qui avait toujours une histoire pour égailler les soirées. Mon père et moi avions plus de ressemblances que je ne le croyais. Il était en quelque sorte le rebelle de sa famille. Ce qui n’a pas eu comme effet de nous rapprocher. Je crois tout simplement que mon père ne voulait pas que je fasse de conneries comme il l’avait fait étant jeune. Une passion quelle qu’elle soit, nous pousse à nous entêter à atteindre notre but quel que soit le taux de réussite. La passion de mon père, c’était la course. Quand il avait mon âge, au lieu de jouer de la musique, il travaillait sur sa motoneige en vue de la prochaine course. Je n’ai jamais eu de récit complet de courses, seulement des brides que je captais dans des discussions avec ses vieux amis du temps. Ce que j’ai pu en retirer, c’est que cette passion était toujours en lui. Cela m’a fait comprendre qu’une passion, une vraie, ne meurt jamais. Une fois qu’elle est entrée en toi, elle n’en ressort plus.
Au fond de lui, je crois qu’il voulait vraiment que je réussisse. C’est pour ça qu’il m’a  enduré (mais surtout ma mère) à jouer de la batterie, au moins 2 à 3 heures par jour. Mon père était, par un miracle incompréhensible, capable de dormir juste au dessus de la salle de pratique. Il m’a toujours poussé, sans ouvertement me le dire, dans la musique. Quand il a vu que je devenais meilleur, il m’a fait jouer dans un bar avec un groupe que j’avais formé pour lui. Il m’a acheté un « kit de son» pour pouvoir jouer dans des salles. Il disait à ses amis que j’allais aller loin dans la musique, mais il le disait seulement quand je n’étais pas là. Il me prêtait son camion pour aller faire des spectacles à l’extérieur et ce, gaz fourni. Mais tout ça, on n’y pense qu’une fois l’heure du départ arrivé, où on ne peut faire marche arrière, où il est trop tard pour dire merci.
Le soir de mon départ, j’étais seul avec ma mère pour souper. Elle tentait d’éviter le sujet de mon départ et à chaque fois où c’était inévitable, elle finissait par me dire : «C’est de la folie, reste donc à la maison, pourquoi c’est toi qui y va ? Ça ne pourrait pas être un autre pour une fois ? » C’était un dur coup pour elle, parce qu’elle perdait son plus jeune et tombait seule  à la maison avec mon père. De plus, j’étais le seul de la famille à quitter la ville. Je n’ai jamais su la réaction de mon père ni celle de ma mère. Puisque dans ma famille les discussions d’émotions c’est tabou. Mais il y a toujours des signes qui ne mentent pas.
Une fois mes bagages finis, j’ai pris mon sac à dos et ma boîte qui contenait mes albums favoris.  J’ai dis au revoir à ma mère. Elle était morte d’inquiétude à mon sujet et je n’étais même pas parti. Je ne sais pas pourquoi, mais à ce moment, et pour les 409km qui m’attendaient, j’ai pleuré. Je pleurais certainement la fin de ma jeunesse, la fin de la facilité, ma vie que je laissais derrière moi ou inconsciemment, je savais vers quoi je m’en allais.
** Dédié à mon défunt père et à tout ce que j’aurais aimé lui dire, et à ma mère, pour ce que je vais encore pouvoir lui dire. **

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