Gaspé…

Le plan

Notre but ultime n’avait toujours pas changé, jouer le plus souvent possible, le plus loin possible et avec le moins de budget possible. C’est pour cette raison que Québec fut un choix logique, vu la centralisation qu’elle nous offrait. Nous avions maintenant un nouveau point de départ et maintenant aller jouer loin, c’était encore plus loin. Pour notre première fin de semaine en tant que nouveaux Québécois (la ville), nous avions décidé de débuter tranquillement avec un spectacle à Gaspé.

C’était à l’autre bout de la province et nous avions juste assez de temps pour nous y rendre. Afin d’arriver en temps, j’avais planifié l’itinéraire du chemin avec deux heures supplémentaires. Je n’en disait rien aux autres puisqu’ils prenaient toujours trop leur temps et nous arrivions souvent en retard. Ce truc marchait vraiment bien, sauf quand un des membres s’en apercevait. Alors, nous sommes partis avec la Tortue. À bord, il y avait les instruments, le kit de son et le groupe au grand complet. C’était le premier voyage depuis le déménagement et c’était un vrai long voyage comme je les aimais. Dix heures de route (recalculées), non-stop et un spectacle à la fin. Quoi de mieux? Les 6 premières heures se passèrent à merveille. Nous avions arrêté une seule fois pour mettre du gaz et acheter des croustilles.

Au bout de 6 heures, les fameuses côtes de la 132 en Gaspésie ne finissaient plus de monter et de descendre. J’étais inquiet à la vue de ces montagnes puisqu’on étaient loin de la civilisation et que briser la Tortue dans un tel endroit n’était pas vraiment souhaitable. À la première vraie grosse côte, mon moteur fit un son étrange. Mon copilote habituel qui était le chanteur, vit dans mon visage qu’il y avait quelque chose qui allait mal. Il me demanda :
– Il se passe quelque chose?
-Hein! quoi? Désolé j’écoute le moteur.
C’est alors que tout le monde dans la fourgonnette se mirent à rire. Mais moi je n’avais pas l’esprit à rire. Il y avait vraiment quelque chose qui clochait. Les gars riaient de moi et me surnommèrent “ l’homme qui écoutait les moteurs ”. Quand tout à coup le moteur eut un genre de hoquet, un peu comme si nous manquions d’essence. La Tortue perdit aussitôt beaucoup de vitesse. Arrivés au dessus de la colline, nous roulions environ à 20km/h. Ma concentration était au maximum, je tentais de maintenir le moteur pour qu’il ne s’arrête pas. Mais nous finissions toujours par monter les collines, tranquillement, en hoquetant de plus en plus. Après environ dix collines, la fatigue commençait à faire son travail et pas question de laisser le volant à un autre. Sur le dessus d’une montagne, je décidai de prendre une pause, question de me relaxer un peu. Un des gars regarda l’heure et constata que nous allions être en retard. Je me pris une gorgée d’eau et reparti. À ce stade du voyage, je ne m’inquiétais plus ou moins d’être en retard, je m’inquiétais d’arriver tout court. Quelques kilomètres plus loin, nous nous sommes ré-arrêtés dans un truck-stop pour mettre de l’essence. Puisque l’indicateur de niveau d’essence ne marchait plus, nous mettions de l’essence à toutes les 4 heures de route. Je pris cette halte pour marcher un peu et me remettre les idées en place. Je finis par conclure que si cela avait été grave nous serions déjà en panne. Mais cela ne me rassura pas pour autant. La bonne nouvelle était que nous avions fini de monter les collines. La mauvaise c’était que maintenant la Tortue hoquetait même dans les petites montées. Avec toute la détermination du monde et beaucoup d’orgueil, je repris le volant de la fourgonnette en direction du bar à Gaspé. Nous avions 1 heure de retard et il nous restait environ une heure de route. Alors, je prenais toute la vitesse possible quand nous avions une côte à descendre. Sans trop m’en rendre compte, nous étions déjà arrivés au spectacle avec moins de 2 heures de retard.

Je demandai à mon copilote si c’était bien l’endroit indiqué sur la carte, puisqu’il n’y avait aucune vie autour du bar en question. Je descendis pour constater qu’il manquait encore un groupe et que la salle était effectivement vide. Le promoteur du spectacle nous indiqua que le spectacle allait commencer plus tard puisqu’il n’y avait personne d’arrivé. Une heure plus tard, il revint pour nous dire de jouer quand même. Alors, nous avons joué devant le promoteur, l’autre band qui était présent et 3 gars saoul au bar. Nous commencions notre spectacle avec deux chansons collées. Après nos deux chansons, un des gars saoul au bar s’est retourné et a dit: «Voyons, jouez donc moins fort, on s’entend plus parler… C’est quand que ça finit cette affaire-là ?» Nous avions envie d’arrêter notre spectacle, mais juste pour lui, nous avions joué 2 autres chansons. Puis, le promoteur mit fin au spectacle. Nous avons remis les instruments dans la van, pris une bière et nous sommes repartis vers Québec avec notre Tortue qui avait le hoquet.

Treize heures de route pour 4 chansons, c’était notre record et nous espérions que cela le resterait. Même si le promoteur ne nous a pas donné une cent et que finalement cela nous a coûté 150 $ de réparations sur la Tortue (mis à part le gaz), cela a valut la peine. Nous avions vus de beaux paysages et le promoteur nous avait promis un autre spectacle. Nous étions prêt à jouer devant des salles vides, cela ne freinait pas notre ardeur. Nous avions comme principe que même si la salle était vide, nous jouerions comme si elle était pleine. Une chose comptait pour nous, c’était de jouer au plus d’endroit possible, le plus souvent possible et pour le reste la patience vaincra…

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