La halte…

local

Le grand départ retentit aussi vite qu’un coup de fusil dans les compétitions de course à pied. L’été était arrivée et la date fatidique aussi. Les valises n’étaient pas faites, la vaisselle gisait sur le comptoir (elle nous a attendue sur le comptoir pour le temps de la tournée) et les instruments encore au local. Voila à quoi ressemble un groupe qui est prêt pour une tournée d’un peu plus de 2 semaines, quelques minutes avant le départ. J’étais assis au volant de la fidèle Tortue, ma valise sur le lit de la van, à attendre les autres qui n’étaient toujours pas prêt.

Le stressé du groupe c’était moi, celui qui était 1 heure en avance sur les autres et qui devait attendre. Sans compter le fait que je déteste attendre. C’est ce que j’ai pourtant fait durant les 30 minutes qui suivirent. Entre regarder la porte et ma montre, je calculais le temps requis pour charger les instruments et aller au spectacle . Ce qui aurait étourdi un danseur de “breakdance”.

Nos spectacles étaient divisés en 2 parties. Nous avions prévu de jouer en premier au Québec avec 3 groupes et en deuxième partie en Ontario, avec 2 groupes. Le premier groupe avait organisé la majeure partie de la tournée. Nous les connaissions un peu et à prime à bord, il nous semblaient des bon gars. Le deuxième groupe était un groupe de l’Ontario. Ils étaient 6 membres, jouaient du ska et voyagaient tous dans la même van. Nous ne les connaissions pas du tout. Le troisième groupe, des amis de la ville de Québec, ne faisaient que la première partie de la tournée. C’était un des groupes les plus amicaux et fiables que nous avions eu la chance de rencontrer. Ils étaient toujours là en cas de pépin et ils se plaçaient toujours dans les premières rangées lorsqu’on jouait. Des groupes comme ça, c’est vraiment rare. Notre premier spectacle se faisait seulement avec ce dernier groupe.

La première date était à Chicoutimi. C’était un grand test pour la Tortue que de monter toutes ces côtes, surtout pleine à craquer, avec tous nos bagages et nos instruments. Nous étions aussi accompagnés d’un de nos fidèle roady. Le voyage fut extrêmement agréable ; le splendide soleil et les nombreux petits lacs qui ornaient la route nous présentaient un décor digne d’une publicité touristique. La musique était contradictoire mais somme toute s’assemblait bien avec le moment que nous passions. Rider on the storm des DOORS, jouait dans la Tortue.

Nous somme arrivés à Chicoutimi, malgré notre retard du début, avec une avance considérable. L’autre groupe était déjà là. C’était nous qui débutions le spectacle et la scène était particulièrement haute. Ce qui n’aidait pas à l’ambiance du spectacle. Notre public était majoritairement constitué d’enfants qui n’avaient rien d’autre à faire. Il faut dire que c’était dans une maison des jeunes. Ce qui était intéressant de jouer dans un tel endroit, c’était que notre paie était assurée. Le défaut, c’est que les spectateurs ne venaient vraiment pas pour nous voir. La soirée se termina de tôt, puisque la maison fermait ses portes à 21 heure et habituellement, nous commencions à jouer à cette heure. Alors, nous sommes repartis à Québec pour prendre une douche et se remettre en route pour notre prochain spectacle.

Arrivés à la route du parc, une grosse pancarte nous indiquait que la route était fermée pour cause d’accident. N’aillant aucune idée du temps que cela pouvait prendre avant de pouvoir passer, nous nous sommes stationnés dans un office de tourisme qui avait vue sur la dite pancarte. Le temps était à la brume et à la pluie. Nous installâmes les 2 fourgonnettes de manière à pourvoir se parler avec les portes de côté, tout en restant à l’abri. Après environ 1 heure d’attente, de discussions intéressantes et de déblatération de trucs plus ou moins sensés, mon guitariste sortit un petit sac de sa poche. C’était des champignons, mais pas ceux qui se trouvent au super marché. Mon chanteur un peu fâché lui dit :

– Man! promènes-toi pas en tournée avec ça dans tes poches… si tu te fais prendre c’est nous tous qui mangent la claque.
– Ouin t’as raison… Ben on le mange pis on en parle plus. Dit mon guitariste.

Alors, mon guitariste partagea, avec quelques passagers, son trésor mycologique. Après quelques minutes mon guitariste se leva d’un bon et dit :

– Moi, faut que j’aille prendre une marche !!!

C’est ainsi que tout ceux qui avaient partagés la marchandise ont décidés d’aller prendre une marche dans le bois. Par souci de sécurité, mon chanteur (qui était sobre) décida de les accompagner. Seul mon baseman resta avec nous, ses champignons semblaient difficiles à digérer. Il avait l’air hagard et il était en boule dans le fond de son siège. Je crois que ce genre de repas ne lui allait pas très bien. À l’intérieur de la Tortue, nous étions en pleine discussion, quand tout à coup mon baseman dit : « NE M’APPROCHE PAS TOI! FACE DE POKÉMON! » Ce qui coupa net notre discussion. Nous le regardions tous avec un air stupéfait. Nous nous attendions à tout sauf à une phrase du genre. Puis, il se retourna brusquement et ne dit plus un mot de la soirée. C’est environ à ce moment là que mon guitariste arriva à la course tout trempé, suivi des autres aventuriers : « ReGaRde !! On a TrouVé Un VieuX CADenNas Avec Une ChAIne caSSée DAns Le SenTier ». La vue de cette trouvaille très peu intéressante, fit l’hilarité générale. Après un examen approfondi du cadenas, son conquérant en arriva à la conclusion qu’il ne sera d’aucune utilité. Mais il resta fasciné par l’objet un trop long instant. Jusqu’au moment où la fameuse pancarte prit la décision de ne plus s’allumer, ce qui voulait dire qu’on pouvait rentrer chez nous.

Nous avons repris le chemin, en même temps que le soleil se montrait le bout du nez, au travers des nuages de pluie de la nuit passée. La climatisation de la Tortue marchait à son maximum mais c’était juste pour dire que je voyais quelque chose au travers du pare brise embué. Tout le monde était trempé à l’os et grelottait légèrement. Après quelques kilomètres de route, la climatisation prit le dessus sur l’humidité et le froid. Comme un coup de massue, tout le monde dans la van tomba endormi, à l’exception de moi-même qui devait conduire. J’excellais dans le domaine de la construction, un clou par-ci, un clou par-là. La matinée fut terriblement difficile.

La tournée venait à peine de commencer, j’étais déjà exténué et la Tortue avait déjà une odeur de canard. Notre prochain spectacle était à Montréal où nous allions rencontrer les autres groupes de la tournée. C’était l’un de mes rêve de partir en tournée et j’y étais. Le voyage et l’aventure à tous les jours. Ne pas savoir ce que te réserve le lendemain. J’étais fier de moi, un petit bégailleur pas sûr de lui avec des problèmes de panique, menait la vie de tournée. Si l’on dit que les voyages forment la jeunesse, alors pour moi, la tournée c’était l’université…

Lire la suite ici

2 réponses à “La halte…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s