Le sentier…

Le sentier

Il y a des moments dans la vie où on se dit que ce qu’on vit est irréel, que c’est un rêve. Je dois dire que cette fin de semaine là était tout un rêve. C’était notre première fin de semaine de spectacle depuis le temps des fêtes. Nous avions un spectacle en Gaspésie et l’autre dans le Bas Saint-Laurent. Tout a commencé normalement. Nous avions déjà préparé la van et puisque notre premier spectacle était un samedi, rien ne nous pressait. Nous avions 7 heures (+1heure) de route à faire et le spectacle n’était qu’à 21 heure. Alors, nous sommes partis vers 10h00 du matin question de ne pas se mettre à la presse.

La journée de route s’annonçait longue et paradisiaque. Le ciel était d’un bleu parfait, sans aucun nuage. La neige étincelante et fraîchement tombée éblouissait les yeux. Heureusement que la chaussée était parfaitement dégagée parce que nous avions encore nos pneus d’été (qui étaient des 4 saisons usés). Malgré le froid piquant de l’extérieur, le soleil nous réchauffait. Les passagers de la Tortue dormaient paisiblement (sauf moi qui conduisait) Nous écoutions de la musique en route et quand tout le monde dormait, je mettais toujours l’album Clarity ou Bleed American de Jimmy Eat World. Rien de mieux pour faire de la route. Puis, vint la fin de l’après midi. La noirceur commençait à s’avancer et sans trop que je me rende compte, il faisait déjà nuit. Une nuit aussi belle que la journée, sans nuage et avec une neige qui reluisait à la lueur de la Lune.

C’était la première fois que nous allions à cette salle de spectacle, mais nous avions les indications sur un bout de papier. Arrivés près de la route qu’il fallait emprunter, mon copilote me dicta les indications à prendre, tel qu’écrit sur le bout de papier.

– Tournes à droite à la prochaine rue;
– Tournes à gauche à la lumière qui clignote;
– Tout droite après le pont couvert……

C’est là que tout a commencé à aller de travers. Il y avait bien un pont couvert, à gauche de la route. Un doute m’envahit et un frisson me traversa l’échine comme un choc électrique. Mais faisant confiance à la feuille, nous avions traversés le pont et continués tout droit. Le route était somme toute large et bien dégagée. Puis, petit à petit, le chemin devenait moins large. Elle diminuait toujours jusqu’à ce qu’autour de nous il n’y ait plus d’asphalte, seulement un sentier boisé.

– “ Nous sommes sur une piste de motoneige” que je dis à mon copilote, avec une voix qui frôlait la panique.
– “ Impossible, continue je suis sûr qu’après le bois, la salle est là. “ Qu’il tentait de me convaincre.

Alors, je continuai quelques minutes, jusqu’à l’arrivée d’une petite dénivellation qui fit s’enfoncer la Tortue. À nouveau, un grand frisson me parcourut le corps. À partir de ce moment, j’avais finalement compris que nous étions vraiment sur une piste de motoneige. Cependant, mon copilote était encore convaincu du contraire. Je descendis donc de la Tortue et dit:

– “On est sur une foutue piste de motoneige, pis on est pris ici!..” Que je criai à tue-tête.
– “ Ben non voyons… tu dis n’importe quoi.” Dit calmement mon copilote.
– “ Regardes, tu vois sur le sol ? Ça, c’est des traces de motoneige, pis la c’est justement pas une trace d’automobile !! quel HAZARD! ” À ce moment, mon état était plutôt hystérique.
– “ Ben oui HAHAHAHAHAHAHA ON EST SUR UNE PISTE DE MOTONEIGE LES GARS HAHAHAHA. “

Dans ma tête, les solutions se bousculaient sans qu’il n’y en ait une de vraiment valable. Alors, tout le monde descendirent de la Tortue pour trouver une manière de retourner la van et de repartir dans l’autre sens. Pour ma part, je repris le volant et tentai (avec succès) de reculer. Après quelques instants de marche arrière, un des gars trouva une entrée de chalet tapée dure. Avec toutes les précautions du monde, je reculai dans les traces et repris dans les directions du pont couvert. De retour au pont, mon copilote était rouge comme une tomate et les autres gars s’essuyaient encore les yeux tellement ils riaient. Le problème était que nous étions revenus à notre position initiale : “ tout droit après le pont”. Avec précautions, nous sommes allés à gauche (donc à la droite du pont). Mais très vite, cette route finissait en cul de sac. Finalement, avec tout l’orgueil masculine mise de coté pour cette soirée, nous sommes allés prendre des indications à la dernière maison du cul de sac. Mon guitariste revint à la course avec les indications : “à gauche après le pont”. Nous sommes donc retournés au pont et nous avons compris qu’il ne fallait pas le traverser. Il fallait seulement continuer notre route initiale, sans tenir compte de ce foutu pont couvert. Ce que nous avons fait et… miracle, au bout de ce chemin se trouvait la fameuse salle toute illuminée, dans cette soirée claire et froide. Elle nous attendait, fière, au bas d’une piste de ski éclairée, comme une grosse flèche qui nous indique l’endroit final de notre aventure.

Par chance, nous jouions dernier et le groupe avant nous était un band de cover. Ce band était d’ailleurs très remarquable. C’était le genre de groupe que personne n’écoute, mis à part les membres entre eux. Ils ont joué environ 35 chansons, de Metallica à Nickelback en passant part Our Lady Peace. Tout ça avec une interprétation assez douteuse. Ce qui a eut comme effet de vider le ¾ de la salle. Il ne restait pour nous que ceux qui nous connaissaient et qui avaient eu le courage de rester.

Le stress du voyage m’avait vraiment fatigué. Au moment de jouer, mes membres étaient engourdis de fatigue. La première chanson fut pénible mais après la deuxième, je repris un peu de fougue. Je canalisai le reste d’énergie et cela me permit de finir le spectacle avec ce qui allait devenir notre marque de commerce (en quelque sorte). Dans un instant de rage incontrôlable, je pris un de mes tambours et je l’ai violemment poussé sur le reste de ma batterie. Les pièces de ma batterie volèrent dans tous les sens. Je me servais peut être de la musique comme exutoire, mais je ne croyais jamais que c’était à ce point. Je ne sortais pas seulement les frustrations de la journée mais toutes sortes d’émotion remontaient en moi. Après ce spectacle, je me sentis extrêmement vidé.

Nous sommes toutefois repartis pour aller dormir à la ville de notre prochain spectacle. Qui cette fois était dans un endroit que nous connaissions bien. Bizarrement, je n’ai pas eu de difficulté à conduire cette nuit là. Peut-être à cause de la Lune qui éclairait si bien cette nuit ou bien parce que mon esprit était trop occupé à tenter de comprendre ce qui venait de se passer…

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