Panique…

Pont Pierre Laporte

Sur cette route droite et longue qui se nomme la 20, un tas de souvenirs sont inscrits. Je ne pourrais pas compter le nombre de fois que j’ai fait ce trajet, en auto, en camion, en autobus, en fourgonnette, en grosse van…. Mais cette fois là, cette route si familière s’était transformée en traversée de l’Amérique. Les heures étaient devenues des jours. Ces 4 heures qui étaient habituellement si banales pour moi, ont été les plus longues de ma vie. Le pire c’était que je n’avais pas de réel endroit où me rendre, mon but était aussi flou que mes yeux pleins d’eau qui tentaient de voir la route en face de moi.
Cette journée marquait le début d’une nouvelle vie, mais aussi la coupure du cordon avec mes parents. Les remords et les inquiétudes occupèrent mon esprit tout au long de cette route. Au rythme des heures, mes idées s’embrouillaient par la fatigue et la lassitude. Arrivé sur le pont Pierre Laporte, tout me semblait mort et froid. Les feuilles mortes de l’automne ne m’apportaient aucun réconfort sur le reste de la nuit à venir. Le seul espoir qui me restait était un emploi que j’avais trouvé lors de ma dernière escapade à Québec. J’avais emprunté le divan d’une amie et j’avais trouvé, avec difficulté, un emploi dans une petite shop. Mais cette fois, le divan de mon amie était inaccessible pour moi. Ma seule option était de dormir dans la van pour 4 ou 5 jours maximum.
Pour la première nuit, la cours boueuse de la shop semblait un endroit tout indiqué pour une nuit paisible. Un parc industriel peu accueillant avec comme sécurité une cours trop éclairée. Les flaques d’eau gelées m’indiquaient qu’en dépit de la chaleur de la fourgonnette, dehors il faisait plus froid que je ne le croyais. Jai arrêté le moteur qui vrombissait bruyamment depuis plusieurs heures. Un léger acouphène rendit le silence presque insupportable. J’ai tenté de me convaincre que c’était une belle expérience, que c’était comme le camping, mais au fond de moi j’avais peur. Je n’avais pas peur qu’un voleur vienne me voler…..car de toute façon je n’avais rien. Je n’avais pas peur de mourir de froid, dans la van il y avait assez de couvertes pour une armée. Ma plus grande peur était de faire face à moi même. Que mes crises refassent surface dans cette place lugubre.
Malheureusement, ma peur s’est concrétisée assez rapidement. Dès que j’ai senti l’état de panique monter en moi, il était déjà trop tard. L’effet en chaîne avait commencé son travail : Une panique légère t’indique le commencement, là, la peur de la crise fait augmenter la panique petit à petit et sans même t’en apercevoir, la crise de panique s’installe en te paralysant. Les palpitations commençaient, les sueurs froides me faisaient monter la chair de poule et un état de dépersonnalisation rendait mon état incontrôlable par ma seule personne. Lorsque j’habitais chez mes parents, la maison était toujours pleine de monde. Donc, aux premiers symptômes de mes crises, il me suffisait de sortir de ma chambre et à la vue d’une autre personne, mon malaise s’estompait rapidement. Mais là, il n’y avait personne proche de moi pour me détourner de cette crise de panique intense et inévitable. Je ne pouvais même pas me rendre à un dépanneur 24h, puisque conduire dans cet état est aussi dangereux que de faire conduire un aveugle saoul. Alors, la seule solution qui m’était accessible pour l’instant était d’attendre, ce qui était insoutenable. La crise augmentait encore jusqu’à atteindre un niveau que je n’avais jamais ressenti auparavant. Pour la première fois, je suais réellement à grosses gouttes et mes palpitations me faisaient presque mal. Je croyais réellement que ma fin était arrivée, que plus jamais je ne retrouverais de joie de vivre, que j’allais être pris dans cette situation pour toujours. Je me mis en position fœtale sans trop m’en rendre compte et finalement, la fatigue prit la place de cette interminable crise. Enfin, je n’avais plus conscience et le vide prit la place. Même si la crise semblait partie, je me sentais fragile à ce qu’elle refasse surface.
Heureusement, le son des autos et des machines qui fonctionnaient non loin de là m’ont bercés jusqu’au levé du soleil et ont tenus ma crise loin de moi. Mon court sommeil, de ma nuit d’enfer, prit fin au bruit du klaxon d’une automobile qui passait. Il faisait déjà jour, ce qui me signala que j’étais en retard à mon emploi. Ma crise m’avait fait oublier de mettre une alarme. Quelle ironie que de passer la nuit dans cette cours, pour être capable d’arriver en retard le lendemain !
Je n’avais pas l’entrain qu’ont habituellement les gens à leur première journée à un emploi. Mais une chose est sûre, c’est que je n’avais surtout pas hâte que la journée finisse. Je savais très bien qu’après mon travail, j’allais encore me retrouver seul avec moi-même, mais cette fois pour encore plus longtemps…

La suite ici.

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