Point

Roche

Le matin était radieux, les oiseaux chantaient, les tondeuses vrombissaient non loin et des cris d’enfants émergeaient ça et là. La journée s’annonçait chaude et agréable. C’était le lendemain du voyage de retour et dans mon coeur, il faisait gris, les oiseaux étaient cachés (sûrement pour mourir) et un vide lourd m’envahissait. La peur de perdre un ami, un frère, un guitariste était plus que jamais présente. Pour ne pas avoir à endurer le silence de l’appartement plus longtemps, je pris la van et me rendis au local pour remettre les choses en place (dans le local et dans ma tête).
Je m’assis sur une caisse au local et tentai de faire le bilan de cette dernière année plutôt mouvementée. La première image qui m’est venue en tête fut ma mère qui me regardait par la fenêtre, les yeux rouges et mouillés. Une boule montait dans ma gorge. J’étais parti si rapidement et j’avais donné si peu d’explications à mes parent. Ils ont dû mal dormir durant un bon bout. De plus, les dernières discutions étaient plus pour demander de l’aide financière que pour donner de mes nouvelles. Un jour, ils comprendrons !.. que je me disais pour chasser mes remords de conscience.
J’avais fait tout ça pour quoi? Faire une marque dans cette «scène» musicale ou pour prouver quelque chose? Je n’étais pas en mesure d’avoir une réponse. La , «scène»je ne savais plus trop quoi en penser. La musique que nous faisions ne cadrait pas vraiment avec cette«scène» et au fond de moi, j’en voulais plus. Je n’osais pas en parler aux autres puisque j’avais peur de leur réaction. Je voulais percer dans une sphère musicale plus large que la «scène». Cela me rongeait puisque je commençais à voir les limites de notre style de vie et cela me faisait peur. J’étais parti de chez mes parents avec 1000$ en poche et un an plus tard, j’avais une carte de crédit pleine et l’autre qui était en souffrance. Le concept de faire beaucoup de spectacles était totalement génial et j’adorais cela mais nous n’avions jamais (ou presque) de cachet pour payer le gaz.
Je travaillais 40 heures semaine dans une shop, nous pratiquions 3 à 4 fois semaine et avions en moyenne 2 spectacles par semaine. De plus, la plus part de mes payes servaient à payer le loyer, le local et les dettes. Enfin, je me gardais entre 20$ à 30$ pour me faire une petite épicerie. Tout cela accumulé faisait en sorte qu’à ce point, j’avais perdu 40 livres. Je me demandais combien de temps j’allais être capable de continuer à ce rythme. Une chose était sure, je ne voulais pas que ça s’arrête là.
Quand j’étais jeune, je faisais toujours les mêmes rêves. Un de ces rêves était que j’embarquais sur une scène avec une foule immense devant moi et que je chantais comme le chanteur d’Aerosmith.
Assis seul dans ce local crasseux, je me sentais loin de ce rêve et pour la première fois, je doutais d’y arriver un jour. Les raisons de ce doute étaient bien sûr dus à la crise que passait le groupe. Tout groupe qui se respecte vit à un moment ou un autre une crise du genre. Une majorité d’entre eux finissent avec cette crise et une petite partie survivent. Je doutais fort que pour une fois,malheureusement, nous faisions partie de la majorité.
À cette pensée, un frisson me passa dans le corps. Je ne voulais pas que cela finisse, je ne voulais pas baisser les bras et surtout je ne voulais pas dire à mon père qu’il avait raison et que je n’avais pas réussi. En fait, je réalisai que une partie de mon entêtement était due au fait que je voulais prouver à mon père que j’étais capable de réussir malgré ses tentatives de découragement. À chaque avancée, je l’appelais pour lui dire, comme pour lui donner une preuve que j’allais réussir. Je voulais lui prouver que j’étais une personne responsable qui était capable de mener à terme ses projets.
Cela me donna un coup de pied au derrière pour arrêter de m’apitoyer sur mon sort. Il était temps de prendre les choses en main et de foncer plus intelligemment. Mais pour cela, il fallait être patient et malheureusement je ne l’étais pas. Est-ce que le groupe allait se ressouder et foncer plus que jamais ? Est-ce que la blessure était trop profonde? Est-ce que tout allait finir si bêtement? Est-ce que ma vie allait avoir un sens après ça?
On dit que le temps arrange les choses, je dirais plutôt que, le temps n’y est pour rien.

Fin du tome 1 : Partir pour mieux se détruire.

Un gros merci à tout ceux qui m’encouragent et qui me suivent! Un merci spécial à Martine, car sans elle, je n’aurais pas publié ces textes et je n’aurais pas eu Élizabeth.

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